Des lupanars romains aux maisons closes en passant par les turnes, les bordels, les sérails...


Messalina, Eugène Brunet © Wikipédia

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Qui dit prostitution pense bien souvent à la fameuse expression de Rudyard Kipling tant reprise depuis, « le plus vieux métier du monde ».

Si la prostitution n’est peut-être pas le plus vieux métier du monde, son histoire est effectivement très ancienne. On repère ses premières apparitions concrètes dans l’Histoire au VIe siècle avant notre ère en Occident. Dans les sociétés grecques et romaines, elle semble être assez bien intégrée et même organisée légalement : en effet, l'empereur Auguste fit enregistrer les prostituées et Caligula créa même un impôt sur les bordels romains. Chez les Grecs, il y avait différentes classifications entre les prostituées. Elles se divisaient en deux catégories :

    -     les Pornai ou πόρναι / pórnai en grec, qui vient du mot πέρνημι / pérnêmi qui signifie  « vendre », non pas pour souligner le fait que les prostituées se "vendaient" mais plutôt pour signifier qu'elles avaient été "vendues" puisqu'elles étaient souvent esclaves. Elles officiaient dans les bordels de l’époque.

    -     les hétaïres, du mot grec ἑταίρα / hetaíra qui signifie « compagne »,  ancêtres de Nana, la prostituée zolienne, étaient cultivées et entretenues par leurs clients et fréquentaient l’aristocratie.

Cependant, si la prostitution rencontre une certaine reconnaissance d'utilité, il n'y a aucune reconnaissance sociale pour les prostituées comme pour les proxenètes qui les entourent.

Quant aux hommes prostitués, ils étaient relativement acceptés du moins on ne les sanctionnait pas car ils étaient tout de même mis à l'écart de la société. En effet, selon les propos d'Eschine, un homme politique athénien "Si un Athénien se prostitue, il ne pourra [...] être prêtre d'aucune prêtrise, ni devenir avocat public, ni gérer aucune magistrature [...], ni être envoyé comme héraut, ni exprimer son opinion, ni participer aux sacrifices publics, ni porter la couronne publique, ni pénétrer dans l'espace purifié de l'agora " car cela ramènerait l'homme au rang de la femme, femmes qui n'avaient aucune existence politique à cette époque puisqu'elles ne pouvaient être citoyennes.


Les bordels des consœurs romaines des Pornai s’appelaient des lupanars. Le terme provient du mot lupae, qui signifie « louves » en latin. On dit qu’elles avaient été surnommées ainsi en référence au mythe de Remus et Romulus, les deux fondateurs de Rome, qui avaient été allaités par une louve. Pour ne pas être mélangées aux autres femmes, ces « louves » avaient l’interdiction d’attacher leur cheveux et devaient porter une courte tunique jaune et des souliers rouges. Elles se promenaient librement dans les faubourgs et rejoignaient les grandes villas pour participer aux orgies la nuit.


L’une des lupa les plus célèbres de cette époque n’est d’autre que la fameuse « impératrice putain » Messaline, femme de l’empereur Claude. Avant de finir tristement assassinée en 48 par son mari qui craignait un complot, Messaline aurait connu une vie de joyeuse débauche selon Juvénal, un poète satirique latin. Celle qui était célèbre pour son désir sexuel débordant, aurait eu pour habitude de délaisser chaque nuit sa couche impériale pour en rejoindre une autre, bien moins prestigieuse, abritée dans un bordel du quartier Subure, l’un des hauts lieux de la prostitution romaine de l'époque. Pour préserver son anonymat, elle aurait adopté le surnom de « Lycisca » et portait une perruque blonde. Cependant, lorsque son déguisement n’était pas assez efficace face à un haut fonctionnaire de la ville qui l‘avait reconnu, elle le faisait assassiner sur le champ.

 

Au Moyen-âge, la prostitution se développe notamment durant la seconde partie du XIe siècle avec l’essor des villes bien qu’elle existe déjà auparavant. C’est à partir du XIIe siècle que chaque ville ou presque compte son porpre bordel. On s’interroge aussi sur les droits des prostituées et l’Eglise encourage même le mariage avec l’une d’elle si elle cesse ses activités. Au XIIIe siècle, face à l’importance que prennent les prostituées et le désordre public qu’elles causent, on veut limiter le problème en permettant aux filles de joies de pratiquer que dans un lieu et pendant un temps donnés. Ainsi, Saint-Louis en 1254 finit par tenter d’expulser toutes les prostituées du royaume dans un souci de purification mais sa tentative est vouée à l’échec. Les prostituées œuvraient dans les auberges, les tavernes, les lieux de marchés mais aussi dans les maisons de bains ou d’étuves.Vers la fin du Moyen-âge, on invente le « bordel public » qui est régit par les autorités municipales.

 On peut s’étonner du rôle que tient l’Eglise a cette époque car elle est relativement tolérante. Il faut noter que l’Eglise fait la différence entre la fornication « simple » (acte sexuel naturel entre un homme et une femme) et la fornication « qualifiée » (toutes pratiques sexuelles qui n’ont pas pour but la procréation : l’inceste, l’homosexualité, la sodomie, le viol…). Si la première peut être vue comme un péché si le couple est non marié par exemple, la rédemption est facile alors que la seconde est considérée comme un péché "mortel" et entraîne difficilement la rédemption. Ainsi, la chrétienté perçoit les bordels comme un bon moyen pour favoriser une fornication simple et prévenir d’une fornication qualifiée.  Jusqu’au XVe siècle, les prostituées sont soumises à une juridiction ordinaire qui leur permet même d’être inhumées dans un cimetière chrétien avant que ce droit leur soit retiré en 1570 par le Pape Pie V.  Ainsi leur intégration est donc assez poussée, plus pour certaines que pour d'autres cependant, mais là encore, les prostituées restent à la porte de la société.

 

Puis, vint le XVIIIe, le siècle galant avec ses filles et ses courtisanes. Sous Louis XIV, c’est la répression et la création de l’Hôpital général et notamment de la Salpêtrière, sorte de prison où l’on enfermait les filles, notamment le personnage de Manon Lescaut, personnage du roman éponyme de l'abbé Prévost, pour les ramener dans le "droit chemin". Sous le règne de Louis XV, il y a un relâchement des mœurs. C’est l’heure des « femmes du monde », des "Nana" avant l'heure, introduites dans la sociérté par le roi lui-même ainsi que par sa cour. Elles y trônent en reines, protégées et entretenues par des puissants qui n’hésitent pas à les couvrir de présents pour conquérir ou conserver leurs charmes.

Elles se répartissent dans plusieurs catégories allant de la femme mariée fréquentant de grands seigneurs par intérêt ou par ambition, à la « pierreuse » surnommée ainsi car elle exerce dans les chantiers de constructions, en passant par la demoiselle d’Opéra et autres artistes, bourgeoises, ouvrières et filles de boutiques, ou encore les filles des « sérails » (surnom des bordels au XVIIIe) et les « raccrocheuses » qui sont tantôt à leur compte, tantôt sous la tutelle d’une mère maquerelle. De la galante à la tapineuse de base, celles qu'on surnommait les "femmes de petite vertu" couvrent toute la société.


Après ce petit horizon historique des bordels, s'approche le fameux XIXe siècle, surnommé l'âge d'or des maisons closes. Un temps qui durera jusqu'en 1946, où Georges Ulmer faisait encore allusion à ces "hôtels meublés, discrètement éclairés où l'on ne fait que passer" dans sa chanson Pigalle comme pour saluer ces maisons de tolérances, de joies pour certains, d’abattages pour d'autres qui fermaient leurs portes pour la dernière fois. Mais avant cela, laissez moi vous présenter ce monde à la fois fascinant et choquant, attirant et intimidant, celui de la prostitution au XIXe siècle.


 



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