La prostituée dans la société d'aujourd'hui

Depuis que le France a ratifié la Convention de L'ONU en 1960, la prostitution n'est plus considérée comme un crime, et la personne prostituée est placée en victime par les autorités sans doute pour lui faciliter une intégration sociale qui est minée de préjugés. Elle peut donc exercer son métier en toute liberté, mais malgré tout cette dernière rencontre des difficultés à son intégration sociale. Cependant, elle peut prétendre à avoir un rôle utile dans la société en accompagnent les personnes qui comme certains handicapés n’ont pas la possibilité d’être souvent en contact  avec autrui ou en manque d’affection. Mais malgré cela, la vision publique de la personne prostituée est assez négative et est rempli de violences verbales voir physiques.

Se prostituer vient du latin « prostituere », qui signifie « placer devant ». Les personnes prostituées sont celles qui sont sur le devant de la scène où elles incarnent des personnages qui doivent donner l’illusion que les difficultés relationnelles, les peurs, les conflits, les souffrances, les échecs ou les fantasmes liés à la sexualité vont pouvoir trouver une issue. Tout comme la figure imaginaire de la mère qui devrait combler totalement le manque, celle de la prostituée représente la possibilité de réaliser tous les désirs fantasmés. Ces deux figures sont bien sur mythiques, mais elles sont moralement opposées, coupant ainsi la femme dans une dualité irréductible. En déifiant la mère, on désigne, par là-même, l’autre femme, celle qui n’est pas la bonne. On projette sur elle le mépris, la haine, le rejet, l’envie ou la fascination qui ne peuvent  s’exprimer à l’égard des autres femmes considérées comme respectables.

Accessible à tous, la prostituée éveille le désir d’autant plus qu’interdit moral s’attache à son activité. Cet interdit générateur de fantasmes, car il est de l’ordre du tabou : en effet, la plupart du temps, il est inavouable d’avoir recours à des personnes prostituées, de même qu’il est « innommable » de pouvoir dire « je me prostitue ». La prostituée incarne l’interdit, créant ainsi la perspective d’une infinie jouissance par la possession de l’autre. Mais il ne s’agit que d’un leurre car, bien évidemment, celle-ci est impossible. Jugées comme objets responsables de cette promesse non tenue, fautive de rappeler le contrat de la transaction financière, certaines prostituées le payent de leur vie.

Ne pouvant jouer que le rôle de leurre, la prostituée est alors mise hors la loi, hors vie sociale. Dès lors, sur cette femme peuvent se projeter un nombre infini d’images qui peuvent être violentes : femme maléfique et attirante en tant qu’elle se donne à tous, même si on sait que c’est un simulacre. La prostituée s’offre au regard, dans un semblant de corps à corps. Seuls les rites comptent, ils permettent à l’imaginaire de se représenter. Tout est là pour faire croire, le luxe ou la juvénilité, le vêtement, les postures, l’étrangeté.

Il y a argent parce qu’il y a marché et prix. Le marché au sens commun, est un échange de marchandises ou de valeurs avec offreurs et demandeurs. La prostitution est un milieu où l’argent est omniprésente et où tout est tarifé : payer une passe mais avec différents tarifs correspondant au temps passé ou au service demandé. La personne qui se prostitue est donc dans une position où tout affect  et toute jouissance doivent être exclus pour rester dans les conditions d marché et gagner sa vie. En cela, l’argent protège quelque chose de l’intime du sujet. Dans ce marché, le corps se présente donc comme une marchandise dont le prix est plus ou moins valorisant selon la jeunesse, son apparence, son origine… Plus la personne sera jeune, plus elle aura de la valeur. Par ailleurs, l’argent donné par le client le dédouane de toute relation, de considération pour « l’être-sujet » même s’il arrive que certains clients puissent parfois poser un autre regard sur la personne, comme en témoignent les personnes rencontrées.

Cette relation tarifiée semble loin de tous les fantasmes projetés sur la prostitution et ramène à une réalité moins fascinante, répétitive, sujette aux fluctuations économiques, soumise à la concurrence, sans aucun recours en cas de maladie, de récession ou simplement en cas de mauvais temps, d’évènement sportifs…et vers les fins de mois.

Malgré tout cet argent, la prostitution isole, exclut et enferme les individus dans une forme singulière de précarité. Une précarité qui pourrait a priori être en contradiction avec le fait qu’on pense que les personnes qui se prostituent gagne beaucoup d’argent. Or, dans les faits, la plupart du temps l’argent de la prostitution est presque aussi vite dépensé qu’il est gagné.

Un certain nombre de personnes logent à l’hôtel et payent leur chambre, au jour le jour, soit 50 ou 60 euros minimum par jour. Elles ne peuvent s’y préparer aisément et régulièrement des repas. Elles sont confrontées à l’angoisse de l’incertitude du lendemain : comment feront-elles si elles sont malades ou si elles n’ont pas gagné suffisamment ? Cela les amène à rester encore plus tard le soir ou à accepter des propositions de clients avec lesquels elles se sentent en danger, à se soumettre à l’emprise de « protecteurs » divers, à fréquenter un monde de plus en plus marginal auprès duquel elles sont souvent endettées. Par ailleurs, il faut souligner qu’un grand nombre des personnes qui se prostituent sont soumises à des réseaux et doivent parfois céder, selon les situations, la quasi-totalité de leurs gains à des proxénètes pour  rembourser une «dette».

Dans ces situations, les personnes sont particulièrement exposées à la précarité si elles veulent retrouver leur liberté.  

Bien que les conditions de vie soient très exécrables, cet argent peut provoquer une véritable dépendance, d’autant plus que cet argent circule rapidement. Il devient un piège : les sommes manipulées sont parfois déconnectées de la vie courante et tout devient possible : les rêves, les illusions… Cet argent évite pour certains d’avoir à se confronter à la frustration. Les personnes sont presque unanimes pour comparer la dépendance à l’argent gagné dans la prostitution à de la drogue. La notion de « cercle vicieux » est souvent évoquée pour nommer ce phénomène. Même l’argent n’est plus là, on sait qu’il « suffit d’y aller ». L’arrêt de la prostitution impose dès lors une démarche très conséquente sur e plan psychologique pour pouvoir se départir de ce rapport d’assujettissement.

Il s’agit bien de précarité malgré cet argent qui permet de débrouiller, de survivre pour autant. Progressivement, les personnes s’éloignent de la vie ordinaire, de leur famille, avec qui les contacts sont de plus en plus rares. Elles sont souvent obligées de mentir, de s’inventer une vie acceptable, de se composer une fausse identité, ce qui les enferme encore plus dans un monde à part.

Mais, comment quitter la prostitution ?

Quitter la prostitution est une décision personnelle, fruit d’un cheminement intérieure dont il est impossible d’évaluer la durée et dont la personne n’a pas forcément une conscience claire. Cette décision n’est pas toujours exprimée de façon explicite ; il est important de respecter le vécu de chacun et de ne pas questionner de façon intrusive ce qui est de l’ordre de l’intimité.

Pour certaines, la décision peut venir après un temps d’accompagnement durant lequel la personne a pu recommencer à éprouver la possibilité d’établir un lien de confiance. Il y a comme un nouveau souffle qui la traverse et qui lui permet de se projeter à nouveau dans l’avenir.

Par ailleurs, des événements dramatiques provoquent quelquefois des prises de conscience des limites au-delà desquelles la vie et/ou la liberté sont en jeu : la confrontation avec sa propre mort ou celle d’un proche, une hospitalisation. Souvent, une interpellation ou une garde à vue peuvent provoquer un électro choque pour les personnes fragiles et jeunes qui ne se rendait pas compte du monde où elles étaient.

En somme, beaucoup d’événements qui, à plus ou moins long terme, suscitent une prise de conscience de la valeur de la vie, ainsi que des limites à ne pas franchir pour la préserver, favorisant alors l’émergence d’un désir de changement. Mais rompre avec le monde de la nuit qui est ressenti comme familier, même s’il est artificiel, pour envisager d’aller vers celui du jour, souvent froid, impersonnel, individualiste , évaluatif, celui du « chacun pour soi », représente une épreuve redoutable si on est isolé.

De plus, le fait de se retrouver sans ressources ou avec des ressources très modestes est une réalité difficile à envisager. Lorsqu’elles interrompent leur activité, les personnes n’ont, la plupart du temps, aucune économie. Il arrive qu’elles aient juste un sac avec elles, leurs vêtements, leurs affaires étant parfois disséminés à différents endroits : chez des amis, des connaissances… L’argent de la prostitution est rarement économisé, c’est un argent qui sert à vivre au jour le jour, à combler des manques, à survivre, mais il n’est pas en général thésaurisé pour construire un avenir. Alors qu’elles étaient habituées à se débrouiller et à vivre dans l’instant présent, il va leur falloir apprendre à calculer, à prévoir. La peur de se retrouver sans rien, dans la détresse, et d’avoir alors à demander est  souvent envahissante et peut être un frein au désir de changement.

 

Pour autant, on peut considérer que la prostituée tient un rôle primordiale dans l’équilibre social de nos sociétés, car c'est la seule personne qui permet un accès facile à la sexualité . Une partie de la population rencontre des difficultés à avoir une vie sexuelle, plus particulièrement les personnes handicapées, qui manque vraiment n’épanouissement dans leur vie affective ; comme en témoigne Bruno de Stabenrath, tétraplégique dans Le Figaro « Si les tétraplégiques doivent en plus se reproduire, c'est tragique! ». Pour remédier à ce problème, certains pays on prit les choses en main comme les Pays-Bas ou l’Allemagne en autorisant le métier d’ « assistants sexuels ». Cette personne est chargée d’apporter du plaisir sexuel aux personnes  handicapées. Dans son interview, Bruno de Stabenrath regrette le manque d’ouverture d’esprit des pouvoirs publics à l’égard des handicapés. Il milite pour que la France adopte l’ « assistant sexuel », un professionnel qui formera les handicapés à la sexualité.


Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site